Le bâtiment crématoire

SOMMAIRE

  1. La construction et l’organisation générale du bâtiment
  2. L’aile ouest : l’espace des douches et de l’« hygiène » des détenus
  3. L’aile est : l’espace de la mort, dite « l’aile du secret »
  4. La morgue, la salle d’exécution et le crématoire

La construction et l’organisation générale du bâtiment

Achevé le 14 octobre 1943, le bâtiment de 39 mètres par 11, entre en fonction le 22 octobre avec l’installation définitive du four crématoire dans la partie centrale de l’édifice, surplombée de sa cheminée de 9 mètres de haut. De part et d’autre, le bâtiment est divisé en deux ailes.

L’aile ouest : l’espace des douches et de l’« hygiène » des détenus

Dans l’aile ouest – à gauche quand on vient du haut du camp –, se trouve un espace strictement séparé constitué de douze pièces. Cet espace est réservé à l’hygiène des détenus puisqu’il constitue l’espace des douches. Les détenus y entrent par une porte latérale sur l’avancée sud qui donne sur un petit vestibule. Les pièces sont disposées pour former un circuit en U dont la barre horizontale est constituée de la salle des douches.

À gauche, une pièce a pu servir de bureau SS, de toilettes ou éventuellement de pièces pour les détenus-coiffeurs. Les nouveaux prisonniers se déshabillent dans un vestiaire parsemé de patères, puis remettent leurs habits dans la pièce suivante pour la désinfection. En effet, une porte donne sur la Desinfektionsraum. D’une superficie de 9m2, équipée aux plafonds de crochets coulissants, disposant de deux lourdes portes latérales, elle sert d’autoclave pour la désinfection des vêtements, alimentée par un poêle à coke situé au centre de l’aile, non visible des prisonniers. La couche de suie dans la pièce semble résulter d’un incendie en juin 1944.

Le parcours des détenus dans les douches

Arrivés dans les douches, ils subissent une fouille corporelle complète dans un climat de terreur extrême. Les coups et humiliations diverses sont pratique courante. Ensuite, les déportés sont intégralement tondus pour des raisons d’hygiène (épidémies). Cette tonte participe à la déshumanisation et l’effacement identitaire du déporté. Cheveux et poils étaient vendus à l’industrie textile allemande qui en faisait du tissu (feutre) destiné à la fabrication de chaussons pour les sous-mariniers allemands.

La salle des douches est équipée de trois rangées de 8 pommes de douches et de deux baignoires remplis de crésyl dans lesquelles les détenus plongent pour la désinfection après s’être lavés. Sur la gauche, un regard vitré permet de voir la salle depuis la pièce du crématoire.

Puis, il passe dans un nouveau vestiaire où ils récupèrent les nouveaux vêtements avant de se rhabiller dans le vestiaire suivant. Avant de sortir, ils peuvent passer par des toilettes. Dans le vestibule avant la porte menant vers l’extérieur, une autre porte mène vers un autre vestiaire qui a peut-être été utilisé comme espace de stockage ou bureau.

L’aile est : l’espace de la mort, dite « l’aile du secret »

L’aile est du bâtiment est l’espace lié à la mort, parfois surnommée « l’aile du secret ». Dix pièces y sont aménagées autour d’un couloir central. En entrant, on trouve sur la droite un bureau d’accueil, puis dans le coin, une pièce avec des châlits pour l’observation des cobayes. Immédiatement contigüe, se trouve la salle d’autopsie qui ne fonctionne qu’à partir de l’été 1944.

Le bureau des médecins impliqués dans les expériences médicales est situé juste après, décorée au pochoir par les détenus. La petite pièce sur la gauche est la chambre du Kapo qui dort dans le bâtiment.

La morgue, la salle d’exécution et le crématoire

Puis, toujours sur la droite du couloir, on tombe sur des toilettes et une salle au sol légèrement incliné, avec une grille d’évacuation des eaux au milieu. Elle a probablement servi de morgue complémentaire et est utilisée comme salle d’exécution, notamment des quatre agentes du SOE le 6 juillet 1944. Une porte mène vers la pièce du crématoire.

En partant sur la gauche, le visiteur passe devant la salle des urnes. La dernière pièce, accessible uniquement par la salle du four crématoire, sur la gauche, sert à entreposer le coke et a également servi de lieu d’exécution, en particulier lors du massacre de 141 résistants dans la nuit du 1er au 2 septembre 1944. Derrière le four, on observe 4 crochets fixés au plafond utilisés pour des pendaisons discrètes de prisonniers.

À l’extérieur, sur la façade nord, un escalier en granite et en béton mène à la morgue souterraine.

Pour aller plus loin

BRANGE Juliette, Etude architecturale et fonctionnelle de l’ancien camp de Natzweiler-Struthof (67). Croisement des données archivistiques et archéologiques, Vol. 2 : étude des structures, Mémoire de Master 2 sous la direction de Michaël Landolt (DRAC Grand Est, UMR 7044) et Jean-Jacques Schwien (Faculté des Sciences historiques Strasbourg, UMR 7044), 20121.

STEEGMANN Robert, Struthof. Le KL-Natzweiler et ses kommandos : une nébuleuse concentrationnaire des deux côtés du Rhin. 1941-1945, Strasbourg, La Nuée Bleue, 2005, p. 309-313.