Le marquage des déportés au KL Natzweiler
SOMMAIRE
- Un outil de déshumanisation et de contrôle
- Le matricule, un simple numéro
- Les triangles de couleur, classer les déportés
- Les ronds de couleur
- Les signes spécifiques à Natzweiler
Un outil de déshumanisation et de contrôle
Au camp de concentration de Natzweiler, les détenus sont rapidement identifiables par les SS et les Kapos — prisonniers chargés de l’encadrement d’autres détenus, souvent choisis pour leur brutalité — grâce à un système de marquage numérique et visuel. Réduits à un simple numéro et à un triangle de couleur, ils perdent leur identité : l’homme disparaît derrière la logique bureaucratique et meurtrière du régime nazi.
Le matricule, un simple numéro
Le matricule est une suite de chiffres qui devient la seule identité du déporté dans le camp. Son nom et son prénom disparaissent.
Ce numéro est inscrit sur un morceau de tissu cousu sur la veste, souvent placé au-dessus ou en dessous du triangle de couleur. Un second est cousu sur la cuisse gauche.
Les triangles de couleur, classer les déportés
Les insignes en forme de triangle identifient la raison pour laquelle les déportés étaient emprisonnés par les nazis. Ils servaient aux gardiens à identifier rapidement un détenu tout en facilitant l’usage de la violence envers certains, notamment les triangles rouges, les déportés politiques.
Triangle noir : personnes jugées « asociales » — cela regroupait un grand nombre de profils : malades mentaux, personnes handicapées, alcooliques, toxicomanes, vagabonds, mendiants, Roms et Sinti, etc.
Triangle marron : « Tsiganes », Roms et Sinti
Triangle vert : prisonniers en détention préventive sur ordre de la police criminelle nazie (Kripo), surnommés « Berufsverbrecher ou BV », c’est-à-dire « criminels professionnels ». Ces détenus sont envoyés en KL Natzweiler à la suite de condamnations lourdes ou répétées même mineures.
Triangle vert, pointe vers le haut : criminels du groupe des triangles verts en attente de leur condamnation ou devant purger leur peine. Ils sont soumis au travail forcé le plus dur.
Triangle violet : témoins de Jehovah
Triangle rose : homosexuels
Triangle jaune : Juifs. Pour ce marquage, une variante se compose d’un triangle de couleur sur un triangle jaune formant une étoile bicolore. Ainsi un déporté identifié comme politique juif pouvait porter le triangle rouge avec un triangle jaune.
Triangle rouge : prisonniers politiques. Une lettre à l’intérieur du triangle indiquait leur nationalité : B pour les Belges (Belgier) ; E pour les Anglais (Engländer) ; F pour les Français (Franzosen) ; I pour les Italiens (Italiener) ; J pour les Yougoslaves (Jugoslawen) ; N pour les Néerlandais (Niederländer) ; P pour les Polonais (Polen) ; R pour les Russes (Russen) ; S pour les Espagnols (Spanier) ; T pour les Tchèques (Tschechen).
Triangle rouge pointe vers le haut : ancien membre de la Wehrmacht (armée allemande nazie) envoyé dans des sections spéciales disciplinaires et qui, faute de changement, sont envoyés dans un camp de concentration. Ils sont enregistrés comme SAW (Sonderaktion Wehrmacht, Sonderabteilung Wehrmacht).
Triangle bleu : personnes considérées comme apatrides. À l’origine, ce triangle désigne les émigrants, les Républicains espagnols, les citoyens allemands ayant perdu leur nationalité après 1933, revenus, et soupçonnés d’espionnage.
Les ronds de couleur
Ils sont placés sous le triangle et dans le dos, entre les omoplates. Ils apparaissent aussi sur le sommet des calots. Ils servent à repérer rapidement certains détenus selon leur statut ou leur comportement supposé.
Rond rouge sur rectangle blanc : Fluchtpunkt — considéré comme dangereux. Marque les évadés repris, ceux ayant tenté de s’évader ou simplement soupçonnés de l’avoir préparé.
Rond jaune sur rectangle blanc : Gelbpunkt — détenus jugés dangereux, à surveiller de près.
Rond noir sur rectangle blanc : Strafkompanie — détenus affectés à la compagnie disciplinaire. Ils subissent un régime particulièrement dur : suppression du courrier, rations réduites et travaux les plus durs.
Les signes spécifiques à Natzweiler
Certains marquages étaient propres au camp de Natzweiler et complétaient les systèmes de triangles ou de ronds.
Nacht und Nebel : déporté Nacht und Nebel (Nuit et Brouillard)
SU : abréviation de Sowjetunion (« Union soviétique »).
Elle désigne les prisonniers de guerre soviétiques ou les anciens prisonniers devenus travailleurs civils. Dans d’autres camps, on trouve la mention SUK (Sowjetunion Kriegsgefangener).
Les peintures
Des bandes de peinture colorée étaient parfois appliquées sur les vêtements des détenus.
Peinture jaune : utilisée pour guider les chiens à attaquer certaines zones du corps (bras, jambes). Ils ont été auparavant entraînés en attaquant des mannequins peinturlurés en jaune.
À l’origine, les détenus portaient alors une bande jaune de l’épaule au poignet pour chaque bras, une autre le long des jambes, des cercles jaunes autour des coudes, des genoux et des chevilles. Le dispositif est complété par une bande de peinture jaune autour de la taille.
Peinture rouge réservée aux déportés politiques — Nacht und Nebel ou NN—, pour les distinguer des autres détenus considérés comme dangereux.
Les croix
Des croix peintes dans le dos et sur le calot servaient également à identifier rapidement les détenus.
Croix jaune : pour les détenus dangereux
Croix rouge : pour les déportés politiques — Nacht und Nebel ou NN
Ces croix pouvaient être peintes directement sur la veste ou fabriquées avec des bandes de tissu cousues.
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Le marquage au KL Natzweiler