La chambre à gaz
SOMMAIRE
- Un bâtiment isolé en contrebas du camp
- Une chambre à gaz dans un camp de concentration
- La salle des fêtes de l’auberge du Struthof
- La construction de la chambre à gaz
- Le dispositif technique et l’utilisation criminelle
- La chambre à gaz aujourd’hui
Un bâtiment isolé en contrebas du camp
Situé à 800 mètres en contrebas du camp-haut, la chambre à gaz a été aménagée dans une « maisonnette d’aspect inoffensif » comme l’explique le commandant Robert Jardin lors de l’enquête menée par la justice militaire sur les crimes de guerre commis au camp. Ce bâtiment est l’ancienne salle des fêtes de l’auberge du Struthof, qui accueillait bals et banquets avant-guerre.
Une chambre à gaz dans un camp de concentration
La chambre à gaz (G-Zelle) n’est, en aucun cas, comparable avec les dispositifs mis en place dans les centres de mise à mort de l’est comme Auschwitz ou Treblinka. Elle n’est pas destinée à l’assassinat de masse dans le cadre de la Solution finale. Natzweiler est un camp de concentration, pas un camp d’extermination.
Des chambres à gaz ont existé dans d’autres camps de concentration comme Mauthausen ou Ravensbrück, souvent pour éliminer les détenus trop affaiblis ou malades, ou n’ont pas été achevées comme à Dachau. Elles n’ont jamais fonctionné en permanence. Le cas particulier de Natzweiler est la destination d’une telle construction. Il s’agit d’une chambre à gaz expérimentale qui doit répondre aux besoins de deux médecins, Otto Bickenbach et surtout August Hirt, dans le cadre de leurs recherches expérimentales.
La salle des fêtes de l’auberge du Struthof
Cette salle des fêtes, confisquée en novembre 1940, sert dans un premier temps de lieu d’hébergement des premiers déportés qui dorment à même le sol, sur de la paille. Elle est d’aspect anodin, d’une superficie de 20,15 mètres par 10. Percée de six fenêtres, elle comporte deux entrées frontales et une latérale et comporte six pièces.
La porte frontale de droite mène sur un couloir qui donne sur deux pièces où les SS entreposent matériel et vivres. Ce couloir communique par une autre porte avec la pièce de la chambre à gaz elle-même accessible par la 2e porte frontale. Puis, on accède à trois autres pièces qui servaient de salles de réception avant la guerre dont une cuisine et une pièce avec trois cuves carrelées qui donne sur la porte latérale, porte empruntée par le visiteur pour commencer la visite.
Les trois bacs profonds d’un mètre 70 n’ont jamais servi à entreposer des corps mais, très probablement, pour conserver des denrées alimentaires.
La construction de la chambre à gaz
Les travaux d’aménagement d’une chambre à gaz ex-nihilo commencent à l’automne 1942. Il faut construire une pièce spécifique en montant des murs de séparation. La chambre à gaz, d’une superficie de 9,25 m2, pour une contenance de 22,2 m3 (2,91 de large x 3,18 de long x 2,40 m de haut) est achevée le 12 avril 1943.
Les murs sont entièrement recouverts de carreaux de faïence blanche. Le plafond, équipé d’un plafonnier, est peint et le sol en ciment est percée d’une grille d’évacuation d’eau. Elle est fermée par une épaisse porte hermétique renforcée par une plaque de tôle. La porte qui mène à la pièce abritant la chambre est recouverte de journaux pour l’étanchéité.
Le dispositif technique et l’utilisation criminelle
Un regard vitré est aménagé sur la partie gauche de la chambre, protégé à l’intérieur par un grillage métallique. Au-dessous, à droite, un trou est équipé d’un entonnoir en tôle prolongé par un tube qui traverse le mur vers l’intérieur de la chambre à gaz et aboutit au-dessus d’une excavation carrée dans le sol.
Il est utilisé par le commandant Krämer pour introduire les sels cyanhydriques qui, au contact de l’eau, dégagent un gaz mortel utilisé pour assassiner les 86 juifs de la « collection anatomique » de Hirt. La chambre peut être éclairée grâce à un commutateur situé à droite du regard. La ventilation pour l’évacuation des gaz est assurée par un ventilateur qui communique avec une cheminée extérieure.
La chambre à gaz aujourd’hui
Restaurée en 2022, la chambre à gaz contient différents panneaux explicatifs sur la Reichsuniversität de Strasbourg, les médecins et leurs expériences médicales et rappelle le souvenir des victimes.
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Vues de l’intérieur de la chambre à gaz : a) plafonnier électrique b) regard d’observation c) trou creusé dans le mur pour le passage d’un tube d) prise de courant e) excavation carrée au sol g) grille d’écoulement des eaux. © ALBUM JARDIN, PROCÈS NATZWEILER 1955, DCAJM, LE BLANC -
Vues de l’intérieur de la chambre à gaz : g) grille d’écoulement des eaux. © ALBUM JARDIN, PROCÈS NATZWEILER 1955, DCAJM, LE BLANC -
Vues de l’intérieur de la chambre à gaz : g) grillage à l’entrée de la conduite d’évacuation des gaz. © ALBUM JARDIN, PROCÈS NATZWEILER 1955, DCAJM, LE BLANC -
Vue extérieure de l’annexe de la chambre à gaz du camp de concentration de Natzweiler-Struthof. © ALBUM JARDIN, PROCÈS NATZWEILER 1955, DCAJM, LE BLANC
Pour aller plus loin
STEEGMANN Robert, Struthof. Le KL-Natzweiler et ses kommandos : une nébuleuse concentrationnaire des deux côtés du Rhin. 1941-1945, Strasbourg, La Nuée Bleue, 2005, p. 313-316.
BONAH Christian, GAUME Sandrine, LANG Hans-Joachim, LUTZ Loïc, MOSER Gabriele, SCHMALTZ Florian, La médecine nazie contre l’humanité. Expérimentations médicales au camp de concentration de Natzweiler-Struthof, Paris, Tallandier, 2024, p. 54-59.
Source et légende des illustrations
Les photos viennent du DCAJM (Dépôt central des Archives de la Justice militaire, procès de Natzweiler 1958).