Nous venons d’apprendre avec une profonde tristesse le décès d’Henry Grand, dernier déporté NN homme survivant, survenu le 16 août dernier.
Né le 28 janvier 1926 dans le XVe arrondissement de Paris, Henry, Jules Grand est étudiant au début de la guerre (il est noté mécanicien sur sa fiche d’entrée à Natzweiler). Il réside alors 8 rue de Thiers à Clamart. En août 1942, il intègre la résistance communiste, d’abord dans le mouvement Les Ardents, avant d’entrer dans les FTPF de la Seine en août 1943. Membre du service de renseignement, il récolte des renseignements sur les entreprises produisant des avions et organise des sabotages. En novembre 1943, il est versé dans le détachement armé « Alsace-Lorraine » et organise des formations militaires et des transports d’armes. Henry Grand utilise alors l’alias Georges Caron. En janvier 1944, son groupe est versé dans les FFI. Le 25 janvier 1944, il participe à une réunion des cadres militaires à Issy-les-Moulineaux. Dans la nuit, le pavillon qui les accueille est encerclé par les Allemands. A l’issue d’un combat, une partie des chefs parvient à s’enfuir mais Henry Grand est capturé. Incarcéré à la prison de Fresnes, classé « NN » (Nacht und Nebel, Nuit et Brouillard) pour son appartenance à la Résistance (Widerstandsbewegung), il est déporté le 7 juillet 1944 de la gare de Bercy vers le camp de concentration de Natzweiler, via Strasbourg et Rothau. Les prisonniers, menottés et surveillés par des hommes de la Sipo-SD, sont enfermés dans des wagons de voyageurs de 3e classe aménagés en cellules. A la gare de Rothau, les 61 prisonniers, dont Jean Villeret ou le comte François de Grammont, montent à pied vers le camp de Natzweiler. Henry Grand est enregistré au camp le 10 juillet (matricule 19382, Blocks 13 et 11). Il était prévu de juger une partie de ces « NN » mais l’engorgement du Sondergericht de Breslau empêche tout transfert judiciaire.
Le 4 septembre, il est placé dans un transport d’évacuation vers le camp de concentration de Dachau où il est enregistré le 6 septembre (matricule 101841, Block 2). Transféré à Allach deux jours plus tard, il est libéré par les Américains le 30 avril 1945. Hospitalisé sur l’île de Reichenau, Henry Grand est rapatrié le 1er juin 1945. Après-guerre, son engagement dans la Résistance est honoré notamment par l’obtention du titre de déporté résistant le 3 août 1953 et son élévation au grade de chevalier dans l’Ordre de la Légion d’honneur.
Après-guerre, il travaille dans l’enseignement de la criminologie et s’établit à Céré-la-Ronde (Indre-et-Loire).
Nous présentons nos sincères condoléances à sa famille et nous nous inclinons respectueusement devant l’engagement et le courage d’Henry Grand.