Vie du mémorial : La restauration de la baraque cuisine est lancée : deux années de travaux pour préserver un témoin exceptionnel

Agrandir l'image, fenêtre modale
©Juliette Brangé – Archéologie Alsace

Publié le – Mis à jour le

La restauration de la baraque cuisine du Mémorial du camp de Natzweiler-Struthof est désormais engagée. Ce chantier d’envergure, qui s’étendra sur deux ans, a été complété d’une campagne de fouilles et d’études archéologiques. Désormais achevée, cette première phase a permis de mieux comprendre l’histoire, les transformations et les techniques de construction de ce bâtiment emblématique du camp.

Construite au printemps 1942, la baraque cuisine constitue l’un des bâtiments historiques les plus importants conservés sur le site. Elle alimentait quotidiennement l’ensemble du camp et a connu plusieurs périodes d’occupation : le camp de concentration (1942-1944), le centre d’internement administratif (1944-1945), le centre pénitentiaire installé après la guerre (1945-1949), puis les aménagements liés à la création du mémorial.

Une archéologie au service de la restauration

Avant toute intervention sur le bâtiment, les archéologues ont conduit plusieurs semaines d’investigations afin de documenter chaque élément de la baraque. Photographies, relevés, photogrammétrie, sondages, fouilles des planchers, des fondations et des cloisons ont permis d’établir un état de référence extrêmement précis.

Ces recherches ont révélé de nombreuses informations inédites sur l’évolution du bâtiment. Elles ont notamment permis d’identifier les différentes campagnes de transformation réalisées dès 1943, de distinguer les aménagements postérieurs à la période concentrationnaire et de mieux comprendre les techniques employées lors de la construction du camp.

Les fouilles ont également confirmé la présence des pieux en bois utilisés pour la mise à niveau des terrasses avant l’édification de la baraque, mis au jour une partie des réseaux hydrauliques d’origine ainsi que le système de drainage installé autour du bâtiment. Ces découvertes permettront d’orienter les choix de restauration dans le respect de l’authenticité du monument.

Des découvertes qui enrichissent la connaissance du site

Si peu d’objets ont été retrouvés, plusieurs découvertes présentent un intérêt historique particulier.

Les archéologues ont notamment identifié un graffiti daté de 1948, laissé par un détenu du centre pénitentiaire installé sur le site après la guerre. D’autres documents retrouvés sous les planchers témoignent également de cette période encore méconnue de l’histoire du Struthof.

Une découverte majeure provient des recherches en archives : un plan inédit de la baraque cuisine, daté du 14 mars 1942, quelques jours avant le début de sa construction. Ce document éclaire l’organisation initiale du bâtiment et révèle plusieurs différences entre le projet d’origine et sa réalisation effective. Il porte également la signature d’Andreas Albrecht, déporté politique, matricule 5421, né à Wieselsdorf en Autriche, et chargé de réaliser des plans pour les services de construction du camp.

Les investigations ont aussi permis d’identifier des matériaux d’origine conservés dans les cloisons, comme le papier isolant « Perkalor », ainsi que plusieurs éléments architecturaux qui seront préservés et étudiés au cours du chantier.

Un chantier de restauration jusqu’en 2028

La phase archéologique étant désormais terminée, les travaux de restauration menés par Pierre Dufour, architecte en chef des Monuments Historique, se poursuivent. Pendant près de deux ans, les entreprises spécialisées interviendront sur la structure, les fondations, les charpentes, les bardages et les différents éléments constitutifs de la baraque afin d’assurer sa conservation à long terme.

Tout au long du chantier, les découvertes continueront d’être documentées lorsque des éléments patrimoniaux apparaîtront au fil des démontages. Cette collaboration étroite entre restaurateurs, archéologues, architectes et historiens garantit une intervention respectueuse de l’histoire du bâtiment.

Au terme de cette restauration, la baraque cuisine, exceptionnel témoin de l’histoire du camp de concentration de Natzweiler, sera durablement préservée et continuera de transmettre aux générations futures la mémoire de ce lieu grâce à son ouverture prévue au public.

Sources

Comptes rendus des fouilles archéologiques de Juliette Brangé